Comment la méditation de pleine conscience dope notre cerveau

La méditation est-elle en passe de devenir un sport comme les autres, dont la pratique régulière sera bientôt recommandée pour la santé mentale et physique ? C’est en tous cas ce vers quoi tendent de nombreuses études scientifiques. État de l’art.
22 novembre 2017 dans Définitions

Depuis quand étudie-t-on l’impact de la méditation sur le cerveau ?

Le Dr Antoine Lutz étudie le cerveau au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL). Ce dernier s’intéresse depuis une quinzaine d’années à l’impact de la méditation sur le cerveau et sur le comportement. Or, pour le chercheur, la méditation constitue « un bon modèle pour comprendre l’activité consciente et notamment certaines fonctions mentales comme la compassion, l’empathie ou la concentration. »

La recherche sur la mindfulness ou pleine conscience a commencé dès le début des années 1980. Dès les premiers résultats, l’efficacité thérapeutique de la méditation sur les troubles de l’humeur est avérée. Aujourd’hui, les scientifiques essaient de mieux comprendre les mécanismes neurophysiologiques à l’œuvre lors de la pleine conscience.

Il existe une corrélation entre méditation et fonctions mentales

A partir des années 2000, Antoine Lutz et ses collègues ont commencé à observer des experts en méditation qui cumulaient 3 ans de retraite ou 10 000 heures de pratique. Objet de l’étude : savoir si le fonctionnement du cerveau de ces « champions de la méditation » est différent d’un groupe de contrôle.

« On a mis en évidence chez les experts qui méditent un corrélat neuronal différent de fonctions mentales comme l’attention, la régulation de la douleur ou l’empathie. Ces observations suggèrent que la méditation a remodelé leur cerveau. »

La méditation remodèle la neuroplasticité du cerveau

Donc, à la lumière des scanners, chercheurs et médecins découvrent que la méditation modifie de nombreuses régions de notre cerveau. Elle influence peut-être même l’ensemble de notre organisme. On parle ici de neuroplasticité. C’est l’idée toute simple que le cerveau se modifie avec l’expérience et l’entraînement.

C’est aussi le résultat des recherches menées par Gaëlle Desbordes, une neuroscientifique du Massachusetts General Hospital de Boston (Etats-Unis). Son constat : 8 semaines de pratique de la mindfulness réduisent l’activité de l’amygdale. Concrètement, cette région du cerveau est engagée dans la peur, l’anxiété et l’angoisse. Elle a mis en valeur des bienfaits pérennes, comme des changements anatomiques ou fonctionnels, et pas uniquement pendant « l’état méditatif ».

Quelle méditation pour quels effets sur la santé ?

Il est encore difficile aujourd’hui de faire l’inventaire des régions du cerveau modifiées par la pratique méditative. C’est pourquoi des équipes de recherche mènent actuellement des études sur les « entraînements mentaux ». Ils étudient notamment les techniques de méditation de concentration, de bienveillance, de visualisation ou de pleine conscience.

Car, à l’instar du sport, chaque pratique influe différemment sur le cœur ou la tonicité musculaire. Les divers types de méditation produisent leurs propres effets sur la santé mentale (gestion du stress, anxiété, etc.). Mais aussi sur la santé physique (inflammation, vieillissement des cellules, etc.).

Les travaux réalisés sur l’entraînement physique ont amené à une recommandation de 30 minutes d’exercices par jour. De même, il est tout à fait envisageable, une fois que nous aurons plus de recul sur les bienfaits de l’entraînement mental, qu’il y ait des recommandations en ce sens. On s'achemine, pour des raisons de prévention, vers une hygiène physique et mentale.

Antoine Lutz

La méditation influe sur l’insula ou cerveau émotionnel

En méditation de pleine conscience, lorsqu’on porte son attention sur sa respiration par exemple, les chercheurs constatent un plus grand recrutement des régions du cerveau qui participent à l’intéroception. L’intéroception concerne les représentations internes du corps. Ces régions sont notamment le cortex insulaire ou insula. Le rôle de l’insula, parfois appelé « cerveau émotionnel » est associé aux fonctions limbiques, aux comportements et aux émotions comme l’agressivité, la peur, le plaisir et la formation de la mémoire.

L’insula nous permet aussi de prendre conscience des signaux envoyés par nos sens et de localiser la douleur. Sa partie antérieure est impliquée dans des phénomènes d’anticipation de la douleur. En augmentant le volume de tissu cérébral dans l’insula et certaines régions du cortex préfrontal, la méditation de pleine conscience semble modifier la relation à la douleur. Ce qui ouvre la porte à des ressources insoupçonnées, à une sorte de « pharmacie intérieure ».

Vers une médecine intégrative ?

Plus récemment, des chercheurs ont émis l’hypothèse que la méditation influence même le vieillissement cellulaire ! A la clé de ces passionnantes études en cours, et qui n’en sont qu’à leurs débuts, il y a de nouveaux espoirs. Notamment celui de diriger enfin notre cerveau. Il serait possible d’orienter sa neuroplasticité de manière consciente et en faveur de la santé, d’un meilleur équilibre émotionnel et d’une empathie plus grande.

« Au CRNL, nos deux grandes questions pour les années à venir sont, d’une part, de mieux comprendre quels sont les différents types de méditation et leurs bases physiologiques. Et d’autre part de mettre à jour les applications cliniques de la méditation. Le but est de répondre à la dépression et à la démence, qui sont deux grands enjeux du XXIe siècle », précise Antoine Lutz.

Des recherches qui seront menées dans le cadre d’un grand projet européen sur l’impact de la méditation sur le bien vieillir. A suivre…

 

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